Couple libre, infidélité et liberté d’aimer : et si nos normes étaient à repenser ?
Dans nos sociétés occidentales, il semble parfois plus acceptable de trahir en secret que d’aimer au grand jour autrement. L’infidélité, enveloppée de silence, demeure paradoxalement plus tolérée qu’une relation déclarée « ouverte ». Pourtant, les lignes bougent. Les chiffres indiquent une transformation lente mais réelle : selon une étude Ifop-Gleeden d’avril 2025 (1), la proportion de femmes françaises déclarant une infidélité serait passée de 33 % en 2016 à 26 % en 2025. Dans le même temps, les relations ouvertes, presque marginales hier, gagnent du terrain.
Le monde change, certes. Mais le mensonge reste souvent plus confortable que la vérité assumée. Le couple libre, dans l’imaginaire collectif, demeure une frontière trouble : il frôle le libertinage sans toujours oser s’y reconnaître. Il inquiète parce qu’il dit tout haut ce que d’autres vivent tout bas.
Et puis il existe ailleurs, loin de nos normes, des sociétés qui ont fait d’autres choix.
Chez les Moso, aux confins du Tibet et de la Chine, la liberté amoureuse n’est ni transgression ni revendication : elle constitue le socle même de l’organisation sociale. Société matriarcale et matrilinéaire, elle place la femme au centre. Le nom se transmet par la mère. Les enfants grandissent auprès d’elle et de leurs oncles maternels. Les amants, eux, sont de passage.
Par des gestes discrets, presque chorégraphiés, les hommes manifestent leur désir ; la femme, souveraine, accepte ou décline. Nul mariage contraignant, nul foyer conjugal au sens où nous l’entendons. Les femmes peuvent aimer plusieurs hommes, successivement ou simultanément, sans que cela ne heurte l’équilibre collectif.
L’explorateur Joseph Rock, qui découvrit cette communauté en 1924, affirmait qu’aucun mot n’y existait pour désigner la guerre ou le meurtre, décrivant ce peuple comme « le dernier endroit paisible de la planète, où la guerre n’a jamais existé, où les habitants vivent en harmonie ». (2)
Mythe idéalisé ou réalité anthropologique ? Peu importe peut-être. L’image demeure puissante.
Faut-il alors se demander si une société qui reconnaît la liberté sexuelle des femmes — sans honte ni clandestinité — se donne aussi les moyens d’une paix plus profonde ?
La domination et la jalousie seraient-elles, en partie, des constructions culturelles plutôt que des fatalités humaines ?
Et si la paix commençait là — dans la liberté d’aimer, sans crainte, sans mensonge, sans possession ?
La question reste ouverte.
À méditer.
1 Sondage Ifop-Gleeden : https://www.ifop.com/article/observatoire-gleeden-de-lextra-conjugalite-le-couple-libre-est-il-lavenir-du-couple
2 Article LePoint https://www.lepoint.fr/culture/le-tour-du-monde-du-sexe-les-moso-sans-pere-ni-mari-02-08-2017-2147480_3.php
3 Article NationalGeographic https://www.nationalgeographic.fr/photographie/les-moso-une-des-dernieres-societes-matriarcales
4 Article Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Moso